Katherine Longly

Artiste photographe belge, vit et travaille à Bruxelles.

http://www.katherine-longly.net


Pour sa participation au volet Absurde de la Trilogie du Voyage proposé dans le cadre du off de la Biennale d'Art Contemporain de Lyon, Katherine Longly expose une série photographique intitulée « Abroad is too far », réalisée en juin et juillet 2012 en Chine à l’occasion d’une résidence artistique au Three Shadows Photography Art Centre de Beijing.

Cette série de photos dont nous montrons ici un extrait traite des tentatives du gouvernement et de certains promoteurs immobiliers chinois de proposer de nouveaux modèles de logement de masse, calqués sur des architectures occidentales, loin des traditions et du patrimoine chinois.

L’évolution que connaît la Chine actuellement est fulgurante. Sa croissance économique, et avec elle l’amélioration du niveau de vie des chinois, se répercute sur bien des aspects de la vie quotidienne. Par ailleurs, la « génération 80 », celle qui, la première, a grandi sans frères et sœurs, a commencé à cultiver un certain individualisme qui était jusque-là incongru. L’indstrie des loisirs connaît ainsi un développement considérable, stimulé par la classe moyenne et son envie de découvrir le monde.
Les autorités sont toutefois peu enthousiastes à l’idée que les Chinois s’envolent pour découvrir l’Occident. L’attrait d’une certaine liberté pourrait leur donner envie d’y rester, ou semer des graines de contestation. Les visas sont donc délivrés avec précaution.
Avec la complicité des promoteurs immobiliers, qui lorgnent sur un nouveau marché prometteur, les autorités ont trouvé une parade à la soif d’ailleurs des nouveaux riches. Pourquoi avoir encore envie de visiter Paris, Venise ou Londres, alors qu’on peut voir l’Arc de Triomphe, les Gondoles ou la Tamise à quelques dizaines, voire centaines de kilomètres de chez soi ? On peut se délecter un moment des parcs « Window of the World » à Shenzhen ou « The World » à Pékin, qui donnent à voir les plus remarquables édifices du monde en modèle réduit, mais il fallait voir plus loin. Pourquoi ne pas carrément offrir la possibilité aux Chinois, moyennant économies, d’habiter Les Champs Elysées, Hallstatt ou la Scandinavie, sans pour autant avoir à abandonner leur patrie ?
Des quartiers d’habitation entiers ont ainsi commencé à sortir de terre. Rien qu’autour de Shanghai, on peut choisir d’habiter un nouvel immeuble, ou même une villa, à l’architecture d’inspiration allemande, hollandaise, italienne, espagnole, anglaise, scandinave ou canadienne. On peut rêver déambuler dans la ville-lumière sous la tour Eiffel d’Hangzhou. On peut même être propriétaire d’une bâtisse dont l’originale a été classée par l’UNESCO, avant d’être copiée par les chinois, à Hallstatt-see (…)
Tous ces quartiers sont sortis de terre comme des champignons. Entre l’annonce de la construction de Hallstatt-see et son inauguration, à peine un an s’est écoulé. Les appartements des New Towns autour de Shanghai ont été mis sur le marché alors qu’aucune station de métro ne dessert le périmètre. Et sous la tour Eiffel de Hangzhou poussent encore les légumes cultivés par les paysans qui ont vu leur portion de campagne se métamorphoser en à peine quelques mois.
En conséquence de quoi, ces villes nouvelles sont pour la plupart devenues des villes fantômes. Les logements mis en vente ne rencontrent aucune demande, à quelques exceptions et spéculateurs près, car ils sont dépourvus de toute commodité (commerces, hôpitaux, écoles, …). De plus, ils sont très difficiles d’accès, et leurs prix souvent inabordables pour la classe moyenne.


Retrouvez-la à Arc Point Trait du 10 septembre au 2 octobre 2013