Marine Lanier

Artiste photographe français, vit et travaille entre Crest et Lyon.

http://marinelanier.com


Dans ses images, âpres et sombres close-up, Marine Lanier met la vie à l’épreuve. Pour l'exposition collective Voyage - Utra-réalité, 2ème volet de la trilogie d'Art-Tripping dans le cadre de Résonance, nous avons choisi un extrait de La Vie dangereuse, photographies réalisées en France, Espagne, Portugal et Arménie entre 2007 et 2013.

Le titre La Vie dangereuse est emprunté à l'oeuvre éponyme de Blaise Cendrars. La série poursuit de manière arbitraire le rythme même du parcours d’aventurier de l'écrivain - l'espace littéraire ici lié aux césures géographiques, la déliquescence du sauvage tenue aux soubresauts de la mémoire. Le propos est de faire se rencontrer la fiction et l'autobiographie créant de ce fait une géographie blanche logée en creux d'une faille temporelle.
“Ces close-up sont comme les fulgurances subliminales d'un homme en proie aux délires provoqués par la fièvre. La course folle que j'invente, celle d'un soldat bléssé de 1915, est confrontée à la rémanence de mes souvenirs lacunaires. Le récit d'errances impossibles et anachroniques intriqué aux éclats d'une généalogie morcelée.
Images traumatiques, scènes primitives, beautés tragiques, entrevues dans les stases d'un état second, lorsque le corps est chevillé aux hallucinations de la douleur. Survivance d'une mémoire reptilienne qui surnagent par-delà les tréfonds, repoussée aux confins de la vie, dans un lieu suspendu - celui des limbes, en somme.
Ici, il est question de touffeur viciée puis de glace, de danger proche de l'éblouissement, d'une mer boueuse laissant place à la menace de l'animal. Dans le même élan, la puissance d'un feu se dérobe à celle d'une jungle sourde. Quelques montres à gousset, dont le cours du temps est suspendu par la chaleur d'un incendie, font écho aux fragments de voiture brûlée, échouée au hasard d'une île. Une violence tue où la beauté grave fait se côtoyer constamment un univers de fin du monde à celui du commencement.
Mon travail s'inscrit dans une nature habitée et vivace, recouverte de tâches aveugles, faite de pulsion et de répression, de poursuite et de heurt, d'exaltation et d'épuisement, de crime et de rédemption, de vengeance et de pardon. Devant le surgissement d'une telle étrangeté, on est encore chez soi ou perdu au milieu de nulle part, remontant le cours d'un fleuve caché, tel un nouveau Fitzcarraldo. Ces photographies sont alors l'expression des débords de la vie - plutôt celle d'une soif de vivre qui sait prendre le risque de l'ivresse - celle des liqueurs fortes.”



Retrouvez-la à la mairie du 1er du 8 au 26 octobre 2013